IMM1033Méthodes du coût en évaluation immobilière
Partie IV La dépréciation · Séance 11 · IMM1033

Dépréciation fonctionnelle

Méthodes du coût en évaluation immobilière · Hiver 2026 · Simon-Pierre Boucher · UQO
7 sections 6 définitions 5 formules 11 exemples 6 exercices ≈ 50 min de lecture
Mode révision — seuls les définitions, formules, mises en garde, « À retenir », notes marginales et la fiche synthèse sont affichés.

Un bâtiment peut être impeccablement entretenu et pourtant valoir nettement moins que son coût neuf déprécié physiquement. La cuisine fermée derrière un mur porteur, l'unique salle de bain d'une maison de quatre chambres, le chauffage au mazout, la piscine intérieure dans un quartier modeste : aucun de ces éléments n'est « usé », mais chacun réduit ce que le marché consent à payer. C'est le territoire de la dépréciation fonctionnelle, la perte de valeur attribuable aux défauts de conception, de plan, de style ou de fonctionnalité. Sa mesure est plus subtile que celle de la dépréciation physique : elle mobilise quatre catégories de calcul distinctes — ajouts, substitutions, superadéquation, obsolescence de conception — articulées autour d'un même test économique de curabilité. Ce chapitre développe chacune de ces catégories avec ses formules et ses exemples chiffrés, expose le gabarit doctrinal en cinq étapes qui les unifie, et cartographie les pièges de double comptage qui guettent l'évaluateur à la frontière du physique, du fonctionnel et de l'externe.

Objectifs d’apprentissage

11.1Définition, sources et classification#

11.1.1Ce que mesure la dépréciation fonctionnelle#

Définition 11.1— dépréciation fonctionnelle#

La dépréciation fonctionnelle (ou obsolescence fonctionnelle) est la perte de valeur d'un bâtiment attribuable à des défauts de conception, de plan, de style ou de fonctionnalité qui réduisent son utilité ou son attrait par rapport aux attentes actuelles du marché.

Deux traits distinguent immédiatement cette forme de dépréciation. D'abord, elle est interne au bâtiment : elle provient de ses caractéristiques propres — son plan, ses équipements, sa conception — et non de facteurs extérieurs (ce qui la sépare de la dépréciation économique du chapitre 12). Ensuite, elle est indépendante de l'état physique : un bâtiment en parfait état matériel peut être lourdement déprécié fonctionnellement, parce que le marché a changé depuis sa construction. Fonctionnelle == interne au bâtiment, indépendante de l'usure.

Pourquoi cette forme de dépréciation existe-t-elle? Parce que le bâtiment est figé au moment de sa construction, alors que le marché, lui, ne cesse de bouger. Les normes techniques se resserrent (efficacité énergétique, capacité électrique, qualité de l'air), les modes de vie se transforment (le concept ouvert, le télétravail, la salle de bain attenante), les technologies déclassent des équipements entiers (le mazout, le simple vitrage, le panneau à fusibles). Chaque évolution creuse silencieusement l'écart entre ce que le bâtiment offre et ce que l'acheteur type attend — et le marché facture cet écart, que le propriétaire en soit conscient ou non. C'est pourquoi la dépréciation fonctionnelle est, des trois formes, celle qui exige la connaissance la plus fine du marché local : on ne peut pas mesurer un écart aux attentes sans savoir précisément ce que le marché attend, ici et maintenant. Le tableau 11.1 situe la dépréciation fonctionnelle entre ses deux voisines.

Tableau 11.1 Physique, fonctionnelle, externe : la grille de distinction.
PhysiqueFonctionnelleExterne
CauseUsure, détérioration, âgeDéfauts de conception, plan, fonctionnalitéFacteurs extérieurs au bâtiment
OrigineMatériaux, composantesDesign, équipements, planQuartier, marché, réglementation
ContrôlePropriétaire (entretien)Propriétaire (rénovation)Hors du contrôle du propriétaire
Curable?Oui / nonOui / nonGénéralement non

11.1.2Les quatre familles de sources#

D'où vient la perte fonctionnelle? De quatre familles de situations, que l'inspection et l'analyse de marché permettent d'identifier :

Figure

manque composante absente que le marché exige désormais Le manque vise les composantes absentes que le marché exige désormais : équipements devenus standards, espaces requis par le mode de vie actuel, normes énergétiques non atteintes. L'inadéquation vise les éléments présents mais désuets ou obsolètes. L'excès — la superadéquation — vise les aménagements qui dépassent les besoins du marché. Le défaut de conception vise le plan et l'agencement eux-mêmes. En règle générale, le manque et l'inadéquation sont souvent curables; l'excès et les défauts de conception sont généralement incurables.

11.1.3Le test de curabilité et l'arbre de classification#

Définition 11.2— curabilité (dépréciation fonctionnelle)#

Une déficience fonctionnelle est curable si le coût de sa correction est inférieur ou égal à la valeur ajoutée par cette correction; elle est incurable dans le cas contraire. Le test repose sur la rationalité économique, pas sur la faisabilité technique : un défaut peut être techniquement réparable mais économiquement incurable.

L'arbre complet de classification, qui gouverne tout le chapitre :

Figure
curable ou incurable : repères du marché québécois#

Généralement curables (la valeur ajoutée excède le coût, à démontrer avec des données de marché) : ajouter une deuxième salle de bain manquante; remplacer le chauffage au mazout par une thermopompe; porter l'isolation aux normes et remplacer les fenêtres à simple vitrage; mettre à niveau le panneau électrique de 60 A à 200 A; moderniser une cuisine désuète. Généralement incurables : piscine intérieure ou garage triple hors normes du quartier (superadéquation); plan fermé impossible à ouvrir (murs porteurs); trop peu de salles de bain pour le nombre de chambres; hauteur de plafond de 6 pi au sous-sol; domotique ultra-sophistiquée pour le marché visé. Dans ce dernier cas, le propriétaire subit la perte : la correction coûterait plus cher que le gain de valeur qu'elle produirait.

11.2La dépréciation fonctionnelle curable#

La dépréciation fonctionnelle curable se décline en deux sous-catégories, selon que l'élément en cause est absent (ajout) ou présent mais inadéquat (substitution).

11.2.1Les déficiences requérant des ajouts#

Définition 11.3— déficience par ajout#

Une déficience par ajout vise un élément absent du bâtiment que le marché actuel considère comme nécessaire ou standard. Le bâtiment a été construit sans cet élément et il n'a jamais été ajouté; l'élément n'est donc pas inclus dans le coût neuf estimé.

Quatre caractéristiques structurent le calcul : l'élément n'est pas dans le coût neuf (aucune dépréciation n'a encore été comptée pour ce poste); le marché pénalise la propriété pour cette absence; l'ajout est économiquement justifiable (sinon la déficience serait incurable); et l'installation dans un bâtiment existant coûte généralement plus cher que dans une construction neuve.

Formule 11.1— dépréciation curable par ajout#
Dajout  =  couˆt d’installation de l’eˊleˊment dans le baˆtiment existant(11.1)D_{\text{ajout}} \;=\; \text{coût d'installation de l'élément dans le bâtiment existant}\tag{11.1}
le coût dans l'existant, pas la différence#

L'erreur classique consiste à retenir la différence entre le coût dans l'existant et le coût dans le neuf. C'est faux pour un ajout : puisque l'élément est exclu du coût neuf estimé, aucun montant n'a encore été compté pour ce poste, et la pénalité de marché correspond au coût complet d'ajouter l'élément maintenant. Tant que la correction n'est pas faite, cette dépréciation demeure — même si la correction est rentable.

Le raisonnement diffère de celui de la substitution (section suivante), où l'élément inadéquat est inclus au coût neuf : c'est cette présence ou absence au bordereau de coût neuf qui commande la formule. Parmi les éléments manquants typiques du marché québécois : la climatisation centrale (attendue dans une maison haut de gamme), la deuxième salle de bain complète (maison de trois chambres et plus), l'isolation aux normes énergétiques actuelles, le garage dans un quartier où il est standard, la hotte de cuisine exigée par le code, le rangement suffisant (walk-in, garde-robes), l'îlot de cuisine d'une maison familiale contemporaine, la buanderie au rez-de-chaussée plutôt qu'au sous-sol.

Exemple 11.1— ajout d'une deuxième salle de bain#

Maison unifamiliale à Gatineau (1975), quatre chambres, une seule salle de bain; le marché en exige deux. Bordereau du coût d'installation dans l'existant :

Poste (coût d'installation dans l'existant)Montant
Plomberie (raccordements, tuyauterie)8 500 $
Électricité (ventilateur, prises, éclairage)2 200 $
Appareils (toilette, lavabo, bain/douche)4 500 $
Céramique, finitions, peinture5 800 $
Main-d'œuvre (démolition, construction)7 000 $
Dépréciation fonctionnelle curable (ajout)28 000 $
Référence : coût dans une construction neuve18 000 $

La dépréciation est le coût dans l'existant (28 000 $), pas la différence (10 000 $). Vérification de curabilité : la valeur ajoutée estimée par le marché est de 35 000 $; comme 35000>2800035\,000 > 28\,000 (gain net de 7000 $), la déficience est bien curable. Et même rentable, la correction n'efface la dépréciation que lorsqu'elle est réalisée : au moment de l'évaluation, la perte de 28 000 $ existe.

Exemple 11.2— ajout de climatisation centrale#

Maison haut de gamme à Aylmer (Gatineau), construite en 1985, sans climatisation centrale. Coût dans l'existant : thermopompe centrale et unité extérieure 6500 $; conduits de ventilation (ajout et modification) 5500 $; électricité (circuit dédié, thermostat) 1800 $; main-d'œuvre et installation 3200 $ — total 17 000 $ (contre 9000 $ dans une construction neuve). Valeur ajoutée estimée par le marché : 22 000 $. Test de curabilité : 22000>1700022\,000 > 17\,000 \Rightarrow curable; dépréciation retenue : 17 000 $.

11.2.2Les déficiences requérant des substitutions#

Définition 11.4— déficience par substitution#

Une déficience par substitution vise un élément présent dans le bâtiment mais inadéquat, désuet ou obsolète, qui doit être remplacé par un élément conforme aux attentes actuelles du marché.

Trois différences avec l'ajout : l'élément existe déjà (il figure au coût neuf); il faut le retirer puis le remplacer (coûts de démolition, d'adaptation, de remise en état des surfaces); et l'élément retiré peut avoir une valeur résiduelle (revente, ferraille).

Tableau 11.2 Substitutions typiques sur le marché québécois.
Élément actuelRemplacement requisRaison
Chauffage au mazoutThermopompe / électriqueObsolète, coûteux
Plomberie en plomb / fonteCuivre / PEX / PVCSanté, normes
Panneau électrique 60 APanneau 200 ACapacité insuffisante
Fenêtres à simple vitrageFenêtres thermosÉnergie, confort
Cuisine non fonctionnelleRénovation complèteMarché actuel
Salle de bain démodéeModernisationAttentes des acheteurs
Toiture en bardeaux d'amianteBardeaux d'asphalteSécurité, normes
Formule 11.2— dépréciation curable par substitution#
Dsubst  =  couˆt d’installation du remplacement dans l’existantcouˆt d’installation dans une construction neuve+couˆt de deˊmolition / retrait de l’eˊleˊment actuelvaleur reˊcupeˊreˊe de l’eˊleˊment retireˊ(11.2)\begin{aligned}D_{\text{subst}} \;=\;{} & \text{coût d'installation du remplacement dans l'existant} \\ {}-{} & \text{coût d'installation dans une construction neuve} \\ {}+{} & \text{coût de démolition / retrait de l'élément actuel} \\ {}-{} & \text{valeur récupérée de l'élément retiré}\end{aligned}\tag{11.2}

La logique de la formule mérite d'être décomposée, car elle éclaire tout le chapitre. Le marché ne pénalise pas le coût de l'élément moderne lui-même — cet élément, l'acheteur l'aurait payé de toute façon dans un bâtiment neuf, et l'élément désuet figure déjà au coût neuf estimé où il porte sa dépréciation physique. Ce que le marché pénalise, c'est le surcoût d'avoir à installer l'élément dans un bâtiment déjà construit (coût dans l'existant moins coût dans le neuf), augmenté du coût de retrait de l'ancien élément, et diminué du crédit de récupération éventuel. Substitution : la pénalité, c'est le surcoût de rénovation, pas le prix de l'équipement.

Exemple 11.3— remplacement du chauffage au mazout#

Maison à Gatineau (1970), chauffage central au mazout; le marché exige l'électricité ou une thermopompe.

PosteMontant
Thermopompe centrale (achat et installation)12 000 $
Modification des conduits existants4 500 $
Électricité (nouveau circuit 240 V)1 800 $
Retrait du réservoir, décontamination et remise en état4 700 $
Total — coût dans l'existant (retrait inclus)23 000 $
Moins : coût dans une construction neuve (thermopompe)(8 500 $)
Moins : valeur récupérée (vieille fournaise, ferraille)(200 $)
Dépréciation fonctionnelle curable (substitution)14 300 $

Vérification pas à pas :

D=230008500200=14300 $D = 23\,000 - 8\,500 - 200 = \uqogreen{14\,300~\$}

Le retrait du réservoir étant déjà inclus dans le coût dans l'existant, la formule se réduit ici à trois termes. Ce montant représente la pénalité d'avoir aujourd'hui un système de chauffage obsolète.

Exemple 11.4— panneau électrique 60 A vers 200 A#

Maison ancienne, panneau de 60 ampères à fusibles; le marché (et les assureurs) exigent 200 A avec disjoncteurs. Coût dans l'existant : panneau et disjoncteurs 3800 $; entrée électrique (mât, câble, compteur) 4200 $; main-d'œuvre de maître électricien, permis et inspection 4000 $ — total 12 000 $. Moins le coût dans le neuf (5500 $) et la valeur récupérée (nulle) :

D=1200055000=6500 $D = 12\,000 - 5\,500 - 0 = \uqogreen{6\,500~\$}
Exemple 11.5— fenêtres à simple vitrage vers thermos#

Bungalow de 1968, seize fenêtres d'origine à simple vitrage. Coût dans l'existant : fenêtres thermos Energy Star (achat, 16 unités) 14 400 $; retrait des anciennes fenêtres 2400 $; installation, calfeutrage et finitions 9600 $ — total 26 400 $. Coût dans une construction neuve : 16 800 $; valeur récupérée : nulle.

D=26400168000=9600 $D = 26\,400 - 16\,800 - 0 = \uqogreen{9\,600~\$}
Sur le terrain#

Dans les trois exemples, remarquez d'où viennent les chiffres : soumissions d'entrepreneurs pour le coût dans l'existant, guides de coûts (Altus Group, 2026; RSMeans, 2025) pour le coût dans le neuf, et jugement pour la valeur de récupération (souvent négligeable — 200 $ de ferraille pour une fournaise — mais parfois substantielle : armoires de cuisine revendues, appareils récupérés). Documentez chaque terme séparément dans le dossier : c'est la décomposition, pas le total, que la contre-expertise attaquera.

En résumé du volet curable : ajout == élément absent, dépréciation au coût complet dans l'existant; substitution == élément inadéquat, dépréciation au surcoût (existant - neuf ++ démolition - récupération). Dans les deux cas, le test de curabilité (coût \leq valeur ajoutée) doit être vérifié et documenté.

11.3La dépréciation fonctionnelle incurable#

Lorsque le coût de correction dépasse la valeur ajoutée, la déficience est incurable : on ne mesure plus un coût de correction (que personne n'engagera rationnellement), mais la perte subie. Deux sous-catégories : la superadéquation et l'obsolescence de conception.

11.3.1La superadéquation#

Définition 11.5— superadéquation#

La superadéquation (superadequacy) survient lorsqu'un bâtiment contient des éléments ou des améliorations qui dépassent les attentes et les besoins du marché pour ce type de propriété dans ce secteur. Le principe fondamental : le marché ne paie pas pour l'excès de qualité — un acheteur typique ne verse pas de supplément pour un élément qu'il ne recherche pas.

D'où vient la superadéquation? Presque toujours d'une confusion, chez le propriétaire-constructeur, entre coût et valeur. Le propriétaire qui installe une piscine intérieure à 80 000 $ raisonne en fonction de ses goûts personnels et croit « investir » dans sa propriété; le marché, lui, n'évalue l'élément qu'à travers les yeux de l'acheteur type du quartier, qui n'a pas demandé cette piscine, redoute ses coûts de chauffage et d'entretien, et n'acceptera d'en payer qu'une fraction. La superadéquation est ainsi la démonstration la plus éclatante du principe vu dès la séance 2 : le coût n'est pas la valeur. Elle rappelle aussi le principe de conformité — une propriété atteint sa valeur maximale lorsqu'elle s'harmonise avec son environnement, et tout écart vers le haut se paie autant qu'un écart vers le bas.

contribution au marché valeur qu'un élément ajoute réellement au prix de vente, estimée par comparables L'économie du problème : l'élément a coûté cher à construire, mais sa contribution au marché — ce qu'il ajoute réellement au prix de vente, estimé par ventes comparables — est inférieure à ce coût. La différence est une perte fonctionnelle. S'y ajoute une subtilité : l'élément superadéquat subit aussi une dépréciation physique, qui doit être comptée dans ce poste et nulle part ailleurs.

Exemples québécois typiques : piscine intérieure dans un quartier de maisons à 250 000 $; domotique ultra-sophistiquée dans un marché moyen; finitions ultra-luxueuses en secteur de gamme moyenne; plancher chauffant généralisé là où il n'est pas valorisé; plafonds de 12 pi dans un bungalow standard; garage triple dans un quartier de garages simples; cuisine commerciale dans une résidence unifamiliale; ascenseur résidentiel dans un plain-pied; cave à vin tempérée dans une propriété d'entrée de gamme.

Formule 11.3— dépréciation par superadéquation#
Dsuper  =  couˆt de l’eˊleˊment superadeˊquat (dans le neuf)deˊpreˊciation physique sur cet eˊleˊmentvaleur ajouteˊe (contribution au marcheˊ)(11.3)\begin{aligned}D_{\text{super}} \;=\;{} & \text{coût de l'élément superadéquat (dans le neuf)} \\ {}-{} & \text{dépréciation physique sur cet élément} \\ {}-{} & \text{valeur ajoutée (contribution au marché)}\end{aligned}\tag{11.3}

Autrement dit : coût neuf déprécié physiquement - contribution au marché.

Exemple 11.6— piscine intérieure en quartier modeste#

Maison unifamiliale avec piscine intérieure, secteur Hull (Gatineau), quartier de 280 000 à 350 000 $. Hypothèses : âge effectif de l'élément 10 ans, vie économique 50 ans.

PosteMontant
Coût de la piscine intérieure dans une construction neuve80 000 $
Moins : dépréciation physique (10/50 == 20 %)(16 000 $)
Coût déprécié physiquement64 000 $
Moins : contribution au marché (valeur ajoutée estimée)(30 000 $)
Dépréciation fonctionnelle incurable (superadéquation)34 000 $

Lecture : le coût neuf de 80 000 $ se répartit en trois blocs — 30 000 $ de contribution au marché (la seule part que l'acheteur paie), 16 000 $ de dépréciation physique (l'usure de l'élément) et 34 000 $ de perte fonctionnelle : le marché ne paie que 30 000 $ pour un élément qui « vaut » 64 000 $ déprécié.

Exemple 11.7— garage triple en secteur de garages simples#

Quartier où la norme est le garage simple attaché; la maison sujet a un garage triple intégré. Hypothèses : âge effectif 15 ans, vie économique 50 ans. Ici, seule la portion excédentaire est superadéquate :

PosteMontant
Coût du garage triple dans une construction neuve75 000 $
Moins : coût d'un garage simple (standard du quartier)(28 000 $)
Coût de la portion superadéquate47 000 $
Moins : dépréciation physique (15/50 == 30 %)(14 100 $)
Coût superadéquat déprécié32 900 $
Moins : contribution au marché (2 places supplémentaires)(10 000 $)
Dépréciation par superadéquation22 900 $

Le garage simple standard, lui, n'est pas superadéquat : il porte sa dépréciation physique normale dans la ventilation du chapitre 10.

coûts d'exploitation excédentaires#

La superadéquation peut infliger une pénalité additionnelle : les charges récurrentes de l'élément excédentaire (chauffer une piscine intérieure, entretenir des équipements spécialisés). Ces coûts d'exploitation excédentaires réduisent encore la valeur et peuvent être capitalisés comme pénalité supplémentaire — avec la même mécanique de capitalisation que l'obsolescence de conception ci-dessous.

Attention#

Quatre points de vigilance sur la superadéquation : (1) elle est généralement incurable, car retirer l'élément coûterait plus que le gain; (2) la contribution au marché doit s'appuyer sur des ventes comparables, pas sur une intuition; (3) la dépréciation physique de l'élément est comptée dans ce poste, jamais une seconde fois dans la ventilation physique générale; (4) si le coût neuf retenu est un coût de remplacement qui exclut déjà l'élément excédentaire, il n'y a rien à déduire (voir section 11.4).

11.3.2L'obsolescence de conception#

Définition 11.6— obsolescence de conception#

L'obsolescence de conception (design obsolescence) survient lorsque le plan, la configuration ou l'agencement du bâtiment ne correspond plus aux attentes et au mode de vie actuels des acheteurs ou des locataires, et qu'il est trop coûteux de modifier la structure pour y remédier.

Le problème est structurel : corriger exigerait de déplacer des murs porteurs ou de refaire la charpente, à un coût qui dépasse la valeur récupérable. La propriété génère alors moins de revenus — ou vaut moins — qu'avec un plan moderne, et c'est cette perte que l'on mesure, puisqu'aucun coût de correction ne sera engagé.

Au résidentiel : cuisine fermée (contre le concept ouvert), circulation inefficace (longs couloirs), trop de chambres pour trop peu de salles de bain, plafond de sous-sol sous 7 pi, absence de vestibule, escalier au centre de la maison, chambre principale sans salle de bain attenante, plan incompatible avec le télétravail. Au commercial : hauteur libre insuffisante (entrepôt), colonnes trop rapprochées (bureaux), quais de chargement mal positionnés, étages trop petits pour le marché, absence d'ascenseur dans un multi-étages, stationnement insuffisant, rapport plancher/terrain trop faible. Le trait commun : ces défauts se traduisent par des loyers inférieurs au marché — et c'est précisément cette perte de revenus qui sert de règle de mesure.

Formule 11.4— obsolescence de conception — capitalisation de la perte#

Méthode privilégiée — capitalisation de la perte de revenus :

Dconception  =  perte de loyer annuelleTGA    portion attribuable au terrain(11.4)D_{\text{conception}} \;=\; \frac{\text{perte de loyer annuelle}}{\text{TGA}} \;-\; \text{portion attribuable au terrain}\tag{11.4}

Méthode alternative — différence de valeur (ventes appariées) :

Dconception  =  valeur avec plan moderne    valeur avec plan actuel(11.5)D_{\text{conception}} \;=\; \text{valeur avec plan moderne} \;-\; \text{valeur avec plan actuel}\tag{11.5}

TGA taux global d'actualisation (capitalisation) du marché pour ce type de propriété La capitalisation se déroule en cinq étapes : (1) estimer le loyer actuel du bâtiment avec son plan obsolète; (2) estimer le loyer d'un bâtiment similaire avec un plan moderne; (3) calculer la perte annuelle (différence mensuelle ×\times 12); (4) capitaliser cette perte au TGA; (5) soustraire la portion terrain, car la dépréciation fonctionnelle ne s'applique qu'au bâtiment.

la portion terrain — repères de marché#

Portion terrain == perte capitalisée ×\times (valeur du terrain ÷\div valeur totale de la propriété). Fourchettes usuelles du ratio terrain/propriété : résidentiel de banlieue 15–30 %; urbain dense 30–50 %; industriel 5–15 %. C'est une donnée de marché à documenter dans chaque mandat; les exercices du cours énoncent chacun leur hypothèse de cas. Nous retrouverons exactement la même mécanique d'allocation au chapitre 12, appliquée cette fois à la dépréciation externe.

Exemple 11.8— maison avec plan fermé — résidentiel#

Maison à Gatineau (1972), plan très compartimenté : cuisine fermée, pièces séparées, murs porteurs empêchant l'ouverture. Hypothèses : TGA de 6,0 % (2026); portion terrain de 20 %.

PosteMontant
Loyer mensuel estimé du bâtiment (plan actuel)1 800 $/mois
Loyer mensuel d'un bâtiment similaire (plan ouvert)2 050 $/mois
Perte de loyer annuelle (250 $ ×\times 12)3 000 $/an
Perte capitalisée (TGA 6,0 %)50 000 $
Moins : portion terrain (20 %)(10 000 $)
Dépréciation fonctionnelle incurable (conception)40 000 $

Pas à pas :

Perte annuelle=(20501800)×12=3000$/anPerte capitaliseˊe=3000÷0,06=50000$Portion terrain=50000×20%=10000$Dconception=5000010000=40000 $\begin{aligned}\text{Perte annuelle} &= (2\,050 - 1\,800) \times 12 = 3\,000\,\$/\text{an} \\ \text{Perte capitalisée} &= 3\,000 \div 0{,}06 = 50\,000\,\$ \\ \text{Portion terrain} &= 50\,000 \times 20\,\% = 10\,000\,\$ \\ D_{\text{conception}} &= 50\,000 - 10\,000 = \uqogreen{40\,000~\$}\end{aligned}

La configuration fermée réduit la valeur des améliorations de 40 000 $, montant irrécupérable : déplacer les murs porteurs coûterait plus cher que le gain de valeur.

Exemple 11.9— entrepôt industriel — hauteur libre insuffisante#

Entrepôt de 1985 dans un parc industriel de Gatineau : hauteur libre de 16 pi au lieu du standard actuel de 24 pi; 20 000 pi2. Hypothèses : TGA de 8,0 % (2026); portion terrain de 15 %.

Perte de loyer=(8,507,00)$/pi²/an×20000 pi²=30000$/anPerte capitaliseˊe=30000÷0,08=375000$Portion terrain (15%)=56250$Dconception=37500056250=318750 $\begin{aligned}\text{Perte de loyer} &= (8{,}50 - 7{,}00)\,\$/\text{pi²/an} \times 20\,000~\text{pi²} = 30\,000\,\$/\text{an} \\ \text{Perte capitalisée} &= 30\,000 \div 0{,}08 = 375\,000\,\$ \\ \text{Portion terrain (15\,\%)} &= 56\,250\,\$ \\ D_{\text{conception}} &= 375\,000 - 56\,250 = \uqogreen{318\,750~\$}\end{aligned}

L'ordre de grandeur est frappant : un seul défaut de conception structurel peut peser davantage que toute la dépréciation physique d'un bâtiment industriel — d'où l'importance, pour l'entrepôt, du standard de hauteur libre dans l'analyse du marché locatif.

11.4Reproduction ou remplacement : l'incidence du coût neuf#

Le choix fait aux séances 5 et 6 entre coût de reproduction (réplique exacte du bâtiment, défauts inclus) et coût de remplacement (bâtiment à utilité équivalente, normes actuelles) rejaillit directement sur la dépréciation fonctionnelle à mesurer. Remplacement \Rightarrow certaines obsolescences sont déjà hors du coût neuf : ne pas les déduire deux fois.

Avec le coût de reproduction, la réplique inclut les défauts de conception et les matériaux désuets : toute la dépréciation fonctionnelle doit être calculée — plus de travail d'analyse. Avec le coût de remplacement, le bâtiment hypothétique aux normes actuelles élimine d'office certaines obsolescences (matériaux désuets, parfois le plan) : il y a moins de dépréciation fonctionnelle à calculer, ce qui explique que cette approche soit souvent préférée en pratique.

L'intuition à retenir est celle d'une comptabilité en partie double entre le coût neuf et la dépréciation. La valeur dépréciée visée est la même quel que soit le chemin : si le coût neuf retenu est plus « généreux » (la reproduction, qui paie pour reconstruire les défauts), la dépréciation à soustraire est plus lourde d'exactement la même quantité; si le coût neuf est plus « sobre » (le remplacement, qui ne reconstruit pas les défauts), la dépréciation correspondante disparaît avec eux. Les deux chemins doivent converger vers la même valeur — c'est d'ailleurs un excellent autocontrôle de dossier : si l'analyse par reproduction et l'analyse par remplacement divergent sensiblement, c'est presque toujours qu'une obsolescence a été comptée sur un chemin et pas sur l'autre, ou comptée deux fois sur l'un des deux. Le tableau 11.3 détaille poste par poste ce que chaque choix laisse à calculer.

Tableau 11.3 Incidence du choix reproduction / remplacement sur l'analyse fonctionnelle. * Sauf si le coût de remplacement exclut déjà l'élément excédentaire.
Déficience fonctionnelleCoût reproductionCoût remplacement
Ajout manquant (2e salle de bain)À calculerÀ calculer
Substitution (mazout \rightarrow thermopompe)À calculerDéjà éliminée
SuperadéquationÀ calculerÀ calculer*
Obsolescence — plan ferméÀ calculerÉliminée si plan modernisé
Obsolescence — hauteur de plafondÀ calculerDépend de l'approche
Matériaux désuetsÀ calculerDéjà éliminée
double comptage — remplacement et fonctionnelle#

Avec le coût de remplacement, certaines obsolescences sont déjà absentes du coût neuf : les soustraire une deuxième fois dans la dépréciation sous-évalue la propriété. Le rapport doit documenter clairement ce qui est inclus ou exclu du coût neuf retenu — c'est cette documentation qui protège contre le double comptage. Les ajouts manquants restent à calculer dans les deux cas (ils sont exclus des deux coûts neufs); la superadéquation reste généralement à calculer, sauf si le remplacement l'a explicitement exclue.

11.5Le gabarit doctrinal et la synthèse du calcul#

11.5.1La procédure standard en cinq étapes#

Les quatre formules du chapitre sont des applications d'un gabarit doctrinal unique, celui de The Appraisal of Real Estate (Appraisal Institute, 2026), applicable à tout élément porteur de perte fonctionnelle :

  1. Coût de l'élément existant, tel qu'inclus au coût neuf estimé;
  2. Moins : dépréciation (physique) déjà comptée sur cet élément;
  3. Plus : coût de correction (si curable) ou perte capitalisée / coût de l'excédent (si incurable);
  4. Moins : coût de l'élément installé lors de la construction (s'il est inclus au coût neuf);
  5. Égale : perte fonctionnelle attribuable à l'élément.
le lien avec les formules du cours#

Pour un ajout exclu du coût neuf, les étapes 1, 2 et 4 sont nulles : la dépréciation se réduit au coût de correction dans l'existant — notre formule d'ajout. Pour une substitution, les étapes 1 et 2 neutralisent la valeur dépréciée de l'élément désuet (déjà porté au coût neuf), l'étape 3 apporte le coût de correction complet et l'étape 4 retranche ce que l'élément moderne aurait coûté au neuf : il reste le surcoût de rénovation, plus démolition, moins récupération — notre formule de substitution. La superadéquation et la capitalisation s'y raccordent de la même manière. Aux examens, l'une ou l'autre présentation (gabarit ou formule directe) est acceptée, pourvu que les termes soient identifiés.

11.5.2Le tableau récapitulatif et la formule globale#

Tableau 11.4 Les quatre catégories de dépréciation fonctionnelle.
CatégorieTypeNatureMéthode de calcul
CurableAjoutÉlément absentCoût d'installation dans l'existant
CurableSubstitutionÉlément inadéquatCoût existant - coût neuf ++ démolition - récupération
IncurableSuperadéquationÉlément excédentaireCoût déprécié physiquement - contribution au marché
IncurableObsol. de conceptionPlan inadéquatCapitalisation de la perte de revenus, moins la portion terrain
Formule 11.5— dépréciation fonctionnelle totale#
Dfonctionnelle  =  Dcurable (ajouts)+Dcurable (substitutions)+Dincurable (superadeˊquation)+Dincurable (conception)(11.6)\begin{aligned}D_{\text{fonctionnelle}} \;=\;{} & D_{\text{curable (ajouts)}} + D_{\text{curable (substitutions)}} \\ {}+{} & D_{\text{incurable (superadéquation)}} + D_{\text{incurable (conception)}}\end{aligned}\tag{11.6}

Chaque poste est mesuré séparément, avec sa propre méthode; le total s'ajoute à la dépréciation physique (chapitre 10) et à la dépréciation externe (chapitre 12); et chaque estimation doit être appuyée par des données de marché. Dans le processus séquentiel global : coût neuf \rightarrow dépréciation physique \rightarrow fonctionnelle curable \rightarrow fonctionnelle incurable \rightarrow externe \rightarrow valeur dépréciée des améliorations.

11.5.3La carte des doubles comptages#

les quatre configurations de double comptage#

Le double comptage — la même perte soustraite deux fois — est l'erreur la plus coûteuse du chapitre. Quatre configurations à surveiller :

  1. Physique et fonctionnelle : un élément traité en substitution fonctionnelle ne doit pas aussi être déprécié physiquement dans la ventilation du chapitre 10 — la dépréciation physique des composantes à courte vie ne s'applique qu'aux éléments non identifiés comme obsolescences fonctionnelles.
  2. Remplacement et fonctionnelle : ne pas soustraire des obsolescences déjà éliminées du coût de remplacement (section 11.4).
  3. Superadéquation et physique : la dépréciation physique de l'élément superadéquat se compte une seule fois, dans le poste superadéquation.
  4. Fonctionnelle et externe : séparer la perte de loyer due à la conception (interne) de celle due au marché ou au voisinage (externe, chapitre 12) — la même perte de revenus ne peut fonder deux dépréciations.

11.6Cas intégrés#

11.6.1Cas 1 — Bungalow de 1965, secteur Hull#

Exemple 11.10— bungalow de 1965 : cinq déficiences fonctionnelles#

Description et hypothèses. Bungalow de 1200 pi2 (1965), trois chambres, une salle de bain, sous-sol non fini. Coût de remplacement : 285 000 $; terrain : 85 000 $. Hypothèses : portion terrain 23 % (85000÷370000\approx 85\,000 \div 370\,000); TGA de 6,0 % (2026).

Déficiences identifiées. (1) curable–ajout : absence d'une deuxième salle de bain; (2) curable–substitution : panneau électrique 60 A \rightarrow 200 A; (3) curable–substitution : douze fenêtres à simple vitrage; (4) incurable–conception : cuisine fermée (mur porteur); (5) incurable–conception : hauteur du sous-sol de 6 pi 4 po.

Volet curable.

PosteMontant
A) Ajout — 2e salle de bain : coût dans l'existant28 000 $
B) Substitution — panneau électrique : 120005500012\,000 - 5\,500 - 06 500 $
B) Substitution — fenêtres (12) : 2160013200021\,600 - 13\,200 - 08 400 $
Sous-total curable42 900 $

Chaque poste satisfait le test de curabilité (valeur ajoutée estimée supérieure au coût de correction, documentée par comparables).

Volet incurable (conception).

PosteMontant
Cuisine fermée : perte 200 $/mois; (200×12)÷0,06=40000(200 \times 12) \div 0{,}06 = 40\,000; moins terrain 23 % (9 200)30 800 $
Sous-sol 6 pi 4 po : perte 150 $/mois; (150×12)÷0,06=30000(150 \times 12) \div 0{,}06 = 30\,000; ×(10,23)\times\,(1 - 0{,}23)23 100 $
Sous-total incurable53 900 $

Total de la dépréciation fonctionnelle : 42900+53900=96800 $42\,900 + 53\,900 = \uqogreen{96\,800~\$}, soit 34 % du coût de remplacement — lourd, mais plausible pour un plan de 1965 jamais modernisé.

11.6.2Cas 2 — Immeuble de bureaux de 1980, Gatineau#

Exemple 11.11— immeuble de bureaux : les quatre catégories réunies#

Description et hypothèses. Immeuble de bureaux de deux étages, 8000 pi2, boulevard Maloney, construit en 1980, bon état physique. Coût de remplacement : 1 200 000 $; terrain : 250 000 $. Hypothèses : portion terrain 17 % (250000÷1450000\approx 250\,000 \div 1\,450\,000); TGA de 8,0 % (2026).

Déficiences identifiées. (1) curable–ajout : climatisation centrale adéquate absente; (2) curable–substitution : système CVAC désuet; (3) incurable–superadéquation : hall d'entrée surdimensionné en marbre; (4) incurable–conception : colonnes rapprochées limitant l'aménagement.

Calculs.

PosteMontant
A) Ajout — climatisation : coût dans l'existant45 000 $
B) Substitution — CVAC : 8500055000200085\,000 - 55\,000 - 2\,000 (récupération)28 000 $
Sous-total curable73 000 $
C) Superadéquation — hall en marbre : 12000024000120\,000 - 24\,000 (phys.) 45000-\,45\,000 (contribution)51 000 $
D) Conception — colonnes : perte 2$/pi²/an×8000=16000$/an2\,\$/\text{pi²/an} \times 8\,000 = 16\,000\,\$/\text{an}; 16000÷0,08=20000016\,000 \div 0{,}08 = 200\,000; moins terrain 17 % (34 000)166 000 $
Sous-total incurable217 000 $
TOTAL — dépréciation fonctionnelle290 000 $

Près du quart du coût de remplacement, dans un immeuble pourtant en bon état physique : l'illustration parfaite de l'indépendance des deux formes de dépréciation.

Ces deux cas montrent ce que le chapitre 10 annonçait : la ventilation de la dépréciation est un exercice d'orfèvrerie où chaque perte doit être rangée dans un poste et un seul. Le bungalow de 1965 perd 96 800 $ sans qu'aucune de ses composantes soit particulièrement usée; l'immeuble de bureaux perd 290 000 $ en étant « en bon état ». Dans les deux cas, c'est l'analyse du marché — loyers comparés, contributions extraites des ventes, attentes du secteur — qui a fourni chaque chiffre. Il reste une troisième famille de pertes, la plus insaisissable : celles qui ne viennent ni de l'usure ni de la conception, mais de l'extérieur du bâtiment — l'autoroute qu'on prolonge, l'usine qui ferme, le zonage qui change. C'est l'objet du chapitre 12.


À retenir#

La dépréciation fonctionnelle naît de la conception, jamais de l'usure : interne au bâtiment, elle peut frapper de plein fouet un immeuble en parfait état matériel. Tout part du test économique de curabilité — curable si le coût de correction n'excède pas la valeur ajoutée — qui distribue les déficiences entre quatre méthodes de calcul. L'ajout (élément absent) se mesure au coût complet d'installation dans l'existant, jamais à la différence existant/neuf; la substitution (élément désuet) au surcoût de rénovation — coût dans l'existant, moins coût dans le neuf, plus démolition, moins récupération; la superadéquation au coût neuf de l'excédent déprécié physiquement, diminué de sa contribution au marché; et l'obsolescence de conception à la perte de loyer annuelle capitalisée au TGA, nette de la portion terrain. Le choix du coût neuf gouverne l'ampleur de l'analyse : la reproduction oblige à tout calculer, le remplacement élimine d'office certaines obsolescences — et impose de documenter ce que le coût neuf inclut. Restent les quatre doubles comptages à bannir absolument : physique/fonctionnelle, remplacement/fonctionnelle, superadéquation/physique et fonctionnelle/externe.

11.7Exercices#

Exercice 11.1— classification des déficiences#

Classez chaque situation dans l'une des quatre catégories (curable–ajout, curable–substitution, incurable–superadéquation, incurable–conception) et indiquez la méthode de calcul applicable.

  1. Maison de 1970 sans hotte de cuisine; installation dans l'existant 1800 $, valeur ajoutée 2500 $.
  2. Spa intérieur avec solarium (95 000 $ à neuf) dans un quartier de maisons à 300 000 $; contribution au marché estimée à 25 000 $.
  3. Plomberie en fonte d'origine; remplacement dans l'existant 18 000 $, coût au neuf 9000 $, valeur ajoutée 22 000 $.
  4. Immeuble de bureaux dont les étages de 2500 pi2 sont trop petits pour la demande locative (standard local : 5000 pi2 et plus); loyers inférieurs de 1,50 $/pi2/an au marché.
  5. Bungalow sans salle d'eau au rez-de-chaussée; ajout 16 000 $, valeur ajoutée 14 000 $.
SolutionCliquer pour révéler
  1. Curable–ajout : élément absent, 180025001\,800 \leq 2\,500; dépréciation == 1800 $ (coût dans l'existant).
  2. Incurable–superadéquation : excès de qualité pour le secteur; coût neuf déprécié physiquement moins contribution (25 000 $).
  3. Curable–substitution : élément présent mais désuet, 180002200018\,000 \leq 22\,000; dépréciation =180009000= 18\,000 - 9\,000 (- récupération, ici nulle) == 9000 $.
  4. Incurable–conception : défaut structurel d'agencement; capitalisation de la perte de loyer au TGA, moins la portion terrain.
  5. Piège : le test de curabilité échoue (16000>1400016\,000 > 14\,000). La déficience est incurable malgré sa nature d'« ajout » : on ne retient pas le coût de correction; la perte se mesure par la contribution manquante au marché (par ventes appariées ou capitalisation), plafonnée ici à environ 14 000 $.
Exercice 11.2— substitution complète#

Une maison de 1972 à Hull est chauffée par plinthes désuètes avec un panneau de 100 A. Le marché exige une thermopompe centrale et un panneau de 200 A. Données : thermopompe installée dans l'existant 16 500 $ (dont modification des conduits 3800 $); retrait des plinthes et remise en état des murs 2100 $; valeur de récupération des plinthes 150 $; coût de la thermopompe dans une construction neuve 9500 $. Panneau : coût dans l'existant 11 000 $, au neuf 5200 $, récupération nulle. Valeurs ajoutées estimées : chauffage 24 000 $; panneau 9000 $.

  1. Vérifiez la curabilité de chaque poste.
  2. Calculez la dépréciation fonctionnelle curable totale.
SolutionCliquer pour révéler
  1. Chauffage : coût de correction complet =16500+2100150=1845024000= 16\,500 + 2\,100 - 150 = 18\,450 \leq 24\,000 \Rightarrow curable. Panneau : 11000900011\,000 \leq 9\,000? Non — 11000>900011\,000 > 9\,000 \Rightarrow incurable au sens strict du test. (Si l'énoncé d'un examen retient une valeur ajoutée de 12 000 $, il redevient curable : toujours dérouler le test explicitement.)
  2. Seul le chauffage est curable : Dsubst=165009500+2100150=8950 $D_{\text{subst}} = 16\,500 - 9\,500 + 2\,100 - 150 = \uqogreen{8\,950~\$}. Le panneau, incurable, se mesure par sa contribution manquante (au plus 9000 $), non par son coût de correction; il s'ajoute au volet incurable du dossier.
Exercice 11.3— superadéquation avec charges excédentaires#

Une résidence de Chelsea comprend une piscine intérieure : coût à neuf 110 000 $; âge effectif 12 ans, vie économique 40 ans; contribution au marché 35 000 $. Le chauffage et l'entretien de la piscine coûtent 4200 $/an de plus que ce que le marché accepte d'absorber; TGA de 6,0 %; portion terrain 25 %.

  1. Calculez la dépréciation par superadéquation (volet coût).
  2. Capitalisez la pénalité d'exploitation excédentaire.
  3. Concluez la dépréciation fonctionnelle totale de l'élément.
SolutionCliquer pour révéler
  1. Dépréciation physique de l'élément : 110000×12/40=33000110\,000 \times 12/40 = 33\,000. Coût déprécié : 11000033000=77000110\,000 - 33\,000 = 77\,000. Superadéquation : 7700035000=42000 $77\,000 - 35\,000 = \uqogreen{42\,000~\$}.
  2. Perte capitalisée : 4200÷0,06=700004\,200 \div 0{,}06 = 70\,000; portion améliorations : 70000×(10,25)=52500 $70\,000 \times (1 - 0{,}25) = \uqogreen{52\,500~\$}.
  3. Total de l'élément : 42000+52500=94500 $42\,000 + 52\,500 = \uqogreen{94\,500~\$}. Vérification d'ordre de grandeur : la perte approche le coût neuf de l'élément (110 000 $) — cohérent pour un équipement que le marché local ne valorise presque pas et qui coûte cher à exploiter. Ne pas oublier : les 33 000 $ de dépréciation physique de la piscine sont comptés ici et doivent être exclus de la ventilation physique générale.
Exercice 11.4— obsolescence de conception — commercial#

Un immeuble de bureaux de 12 000 pi2 à Gatineau souffre de deux défauts structurels : absence d'ascenseur (deux étages) et fenestration insuffisante au deuxième étage. Loyer obtenu : 14,50 $/pi2/an; loyer des immeubles comparables sans ces défauts : 16,25 $/pi2/an. Hypothèses : TGA de 7,5 %; valeur du terrain 380 000 $; valeur totale de la propriété (avant dépréciation fonctionnelle) 2 100 000 $.

  1. Calculez la perte de loyer annuelle.
  2. Calculez la dépréciation fonctionnelle incurable de conception.
  3. Pourquoi ne pas plutôt chiffrer l'installation d'un ascenseur?
SolutionCliquer pour révéler
  1. (16,2514,50)×12000=1,75×12000=21000 $/an(16{,}25 - 14{,}50) \times 12\,000 = 1{,}75 \times 12\,000 = \uqogreen{21\,000~\$/an}.
  2. Perte capitalisée : 21000÷0,075=28000021\,000 \div 0{,}075 = 280\,000. Ratio terrain : 380000÷210000018,1%380\,000 \div 2\,100\,000 \approx 18{,}1\,\%; portion terrain =280000×18,1%50667= 280\,000 \times 18{,}1\,\% \approx 50\,667. Dconception=28000050667229333 $D_{\text{conception}} = 280\,000 - 50\,667 \approx \uqogreen{229\,333~\$}.
  3. Parce que la déficience est présumée incurable : le coût d'insérer un ascenseur et de refaire la fenestration dans la structure existante excéderait la valeur ajoutée. On mesure donc la perte subie (capitalisation), pas un coût de correction que nul n'engagerait. Si une vérification montrait que la correction coûte moins que la valeur ajoutée, la déficience basculerait en curable–substitution et se mesurerait alors par le coût de correction.
Exercice 11.5— cas intégrateur — maison d'Aylmer#

Maison à deux étages (1978), Aylmer (Gatineau) : trois chambres, une salle de bain, garage simple, secteur haut de gamme. Coût de remplacement : 350 000 $; terrain : 110 000 $. Hypothèses du cas : portion terrain 24 %; TGA de 5,5 % (2026).

  1. Ajout — salle d'eau au rez-de-chaussée : coût dans l'existant 15 000 $; valeur ajoutée 20 000 $.
  2. Substitution — mazout \rightarrow thermopompe : existant 22 000 $; neuf 9000 $; récupération 300 $.
  3. Superadéquation — piscine creusée : coût neuf 65 000 $; dépréciation physique 20 %; contribution 20 000 $.
  4. Conception — cuisine fermée : perte de loyer de 175 $/mois.

Calculez la dépréciation fonctionnelle totale et commentez l'ordre de grandeur.

SolutionCliquer pour révéler

Volet curable. Salle d'eau : test 20000>1500020\,000 > 15\,000 \Rightarrow curable; dépréciation 15 000 $ (coût dans l'existant). Chauffage : 220009000300=12700$22\,000 - 9\,000 - 300 = 12\,700\,\$. Sous-total curable : 27700 $\uqogreen{27\,700~\$}.

Volet incurable. Piscine : 6500013000  (20%)20000=32000$65\,000 - 13\,000\;(20\,\%) - 20\,000 = 32\,000\,\$. Cuisine fermée : (175×12)÷0,055=38182(175 \times 12) \div 0{,}055 = 38\,182; moins portion terrain 24 % (91649\,164) =29018$= 29\,018\,\$. Sous-total incurable : 61018 $\uqogreen{61\,018~\$}.

Total :

Dfonctionnelle=27700+61018=88718 $\boxed{D_{\text{fonctionnelle}} = 27\,700 + 61\,018 = \textbf{88\,718~\$}}

Ordre de grandeur : environ 25 % du coût de remplacement (350 000 $) — plausible pour une construction de 1978 au plan et aux équipements d'origine dans un secteur haut de gamme exigeant.

Exercice 11.6— chasse au double comptage#

Un rapport d'évaluation contient les postes suivants pour une même maison (coût de remplacement retenu comme coût neuf) : (a) ventilation physique : incurable CT sur le système de chauffage au mazout (coût neuf 12 000 $, ratio 80 %, soit 9600 $); (b) fonctionnelle curable–substitution : remplacement du même chauffage au mazout, 14 300 $; (c) fonctionnelle : 7500 $ pour « matériaux désuets » (revêtements intérieurs d'origine), alors que le coût de remplacement retenu est déjà fondé sur des matériaux modernes; (d) superadéquation d'un foyer de pierre : 28000560028\,000 - 5\,600 (physique) 12000- 12\,000 (contribution) =10400$= 10\,400\,\$, et la même dépréciation physique de 5600 $ figure aussi dans la ventilation physique générale. Identifiez chaque double comptage et corrigez le total fonctionnel++physique en conséquence.

SolutionCliquer pour révéler
  1. (a)++(b)
    Physique et fonctionnelle : le chauffage traité en substitution fonctionnelle ne doit pas aussi porter 9600 $ d'incurable CT. On retire 9600 $ de la ventilation physique (et l'assiette du long terme doit être recalculée en conséquence).
  2. (c)
    Remplacement et fonctionnelle : les matériaux désuets sont déjà éliminés du coût de remplacement; les 7500 $ sont retirés.
  3. (d)
    Superadéquation et physique : les 5600 $ de dépréciation physique du foyer se comptent une seule fois, dans le poste superadéquation; on les retire de la ventilation physique générale.

Correction nette : 960075005600=22700 $-9\,600 - 7\,500 - 5\,600 = \uqogreen{-22\,700~\$} sur le total combiné (avant recalcul du long terme). Le rapport initial sous-évaluait la propriété d'au moins 22 700 $ — l'ampleur typique que peuvent atteindre des doubles comptages non détectés.

L’essentiel de la séance
  • Définition : perte de valeur due aux défauts de conception, de plan, de style ou de fonctionnalité — interne au bâtiment, indépendante de l'état physique.
  • Quatre sources : manque (absent), inadéquation (désuet), excès (superadéquation), défaut de conception (plan).
  • Test de curabilité : économique — curable si coût de correction \leq valeur ajoutée.
  • Ajout : D=D = coût d'installation dans l'existant (élément exclu du coût neuf \Rightarrow pénalité complète).
  • Substitution : D=D = existant - neuf ++ démolition - récupération (la pénalité est le surcoût de rénovation).
  • Superadéquation : D=D = coût neuf de l'excédent - dépréciation physique de l'élément - contribution au marché; charges d'exploitation excédentaires capitalisables en sus.
  • Conception : D=D = (perte de loyer annuelle ÷\div TGA) - portion terrain; ratios terrain usuels : banlieue 15–30 %, urbain dense 30–50 %, industriel 5–15 %.
  • Gabarit en 5 étapes (The Appraisal of Real Estate) : coût de l'élément - physique déjà comptée ++ correction ou perte - coût au neuf == perte fonctionnelle.
  • Reproduction vs remplacement : le remplacement élimine d'office matériaux désuets et certaines obsolescences — documenter ce que le coût neuf inclut.
  • Formule globale : somme des quatre catégories, chacune appuyée sur des données de marché.
  • Pièges : retenir la différence au lieu du coût complet pour un ajout; oublier la portion terrain dans la capitalisation; les quatre doubles comptages (physique/fonctionnelle, remplacement/fonctionnelle, superadéquation/physique, fonctionnelle/externe).

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